{"id":29414,"date":"2026-04-14T09:18:55","date_gmt":"2026-04-14T08:18:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lexibc.com\/?p=29414"},"modified":"2026-04-14T09:19:23","modified_gmt":"2026-04-14T08:19:23","slug":"vendre-a-letranger-en-temps-de-crise-les-consequences-pour-les-contrats-de-vente-internationaux-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lexibc.com\/fr\/vendre-a-letranger-en-temps-de-crise-les-consequences-pour-les-contrats-de-vente-internationaux-2\/","title":{"rendered":"Vendre \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger en temps de crise : les cons\u00e9quences pour les contrats de vente internationaux"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Force majeure, impr\u00e9vision et recours contractuels dans la pratique internationale<\/em><\/strong><\/p>\n<h2>Crises mondiales et contrats d&#8217;approvisionnement internationaux<\/h2>\n<p>Les crises sanitaires mondiales, les tensions g\u00e9opolitiques, les sanctions \u00e9conomiques, les blocs logistiques et la volatilit\u00e9 des march\u00e9s des mati\u00e8res premi\u00e8res rendent l&#8217;ex\u00e9cution des contrats d&#8217;approvisionnement internationaux de plus en plus complexe et, dans certains cas, impossible.<\/p>\n<p>Qui doit n\u00e9gocier ou ex\u00e9cuter un contrat avec des contreparties \u00e9trang\u00e8res se trouve aujourd\u2019hui, plus que jamais, dans l\u2019incertitude juridique.<\/p>\n<p>Les questions que nos clients nous posent le plus souvent se r\u00e9sument \u00e0 trois points\u00a0: puis-je suspendre ou r\u00e9silier le contrat sans engager ma responsabilit\u00e9\u00a0? Que puis-je faire si mon cocontractant ne paie pas ou ne livre pas\u00a0? Qui doit supporter les co\u00fbts ou les retards dus \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs\u00a0? Quelles clauses dois-je inclure dans les contrats pour avoir l\u2019esprit tranquille\u00a0?<\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions varient selon la loi applicable au contrat. Pour les contrats de vente internationale de marchandises, la principale r\u00e9f\u00e9rence juridique est la Convention de Vienne de 1980 sur les contrats de vente internationale de marchandises (CVIM), <a href=\"https:\/\/uncitral.un.org\/en\/texts\/salegoods\/conventions\/sale_of_goods\/cisg\/status\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ratifi\u00e9e par 97 <\/a><a href=\"https:\/\/uncitral.un.org\/en\/texts\/salegoods\/conventions\/sale_of_goods\/cisg\/status\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9tats <\/a><a href=\"https:\/\/uncitral.un.org\/en\/texts\/salegoods\/conventions\/sale_of_goods\/cisg\/status\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">, dont <\/a><a href=\"https:\/\/uncitral.un.org\/en\/texts\/salegoods\/conventions\/sale_of_goods\/cisg\/status\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l&#8217;Italie et <\/a><a href=\"https:\/\/uncitral.un.org\/en\/texts\/salegoods\/conventions\/sale_of_goods\/cisg\/status\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la quasi-totalit\u00e9 des grands pays industrialis\u00e9s <\/a>(\u00e0 l&#8217;exception notable du Royaume-Uni, de l&#8217;Inde, du Venezuela, de l&#8217;Afrique du Sud, des \u00c9mirats arabes unis et des autres pays du Golfe). Lorsque la CVIM n&#8217;est pas applicable, la loi nationale d\u00e9sign\u00e9e par les parties ou les r\u00e8gles du droit international priv\u00e9 s&#8217;appliquent.<\/p>\n<h1>Trois sc\u00e9narios typiques<\/h1>\n<p>Illustrons trois cas r\u00e9currents dans la pratique des approvisionnements internationaux\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Les marchandises sont pr\u00eates mais \u2014 en raison de nouvelles dispositions r\u00e9glementaires ou de sanctions \u2014 elles ne sont plus exportables vers le pays de destination.<\/li>\n<li>Les marchandises sont toujours exportables, mais le paiement est devenu extr\u00eamement difficile, voire impossible, en raison de circonstances impr\u00e9vues.<\/li>\n<li>Les marchandises sont toujours exportables, mais \u00e0 des conditions nettement plus on\u00e9reuses que celles convenues.<\/li>\n<\/ol>\n<h2>A) Les marchandises ne sont plus exportables : force majeure<\/h2>\n<p>Si le contrat a \u00e9t\u00e9 conclu avant un conflit, un embargo ou toute autre interdiction r\u00e9glementaire emp\u00eachant les exportations, les parties doivent d&#8217;abord examiner le texte contractuel. Le contrat peut contenir une clause de force majeure relative \u00e0 de tels \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs\u00a0; dans ce cas, les parties sont tenues de respecter les dispositions contractuelles. G\u00e9n\u00e9ralement, par exemple, la partie affect\u00e9e par l&#8217;\u00e9v\u00e9nement de force majeure doit en informer l&#8217;autre partie sans d\u00e9lai afin d&#8217;\u00eatre exon\u00e9r\u00e9e de toute responsabilit\u00e9 en cas de retard d&#8217;ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Si le contrat ne contient pas de clause de force majeure et est r\u00e9gi par le droit italien ou par le droit d&#8217;un \u00c9tat ayant ratifi\u00e9 la Convention de Vienne de 1980, la force majeure peut \u00eatre invoqu\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;article 79 de la CVIM, \u00e0 condition que les parties n&#8217;aient pas contractuellement exclu l&#8217;application de la Convention de Vienne de 1980. Aux termes de cette disposition, une partie est exon\u00e9r\u00e9e de sa responsabilit\u00e9 pour inex\u00e9cution si elle prouve que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Cet \u00e9chec est d\u00fb \u00e0 un obstacle ind\u00e9pendant de sa volont\u00e9.<\/li>\n<li>qui n&#8217;aurait pas pu \u00eatre raisonnablement pr\u00e9vu au moment de la conclusion du contrat et<\/li>\n<li>qu&#8217;il ne pouvait raisonnablement ni l&#8217;\u00e9viter ni en surmonter les cons\u00e9quences.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les restrictions \u00e9tatiques \u00e0 l&#8217;exportation ou les cas de guerre \u2013 s&#8217;ils surviennent apr\u00e8s la conclusion du contrat et n&#8217;\u00e9taient pas pr\u00e9visibles \u00e0 la date de sa signature \u2013 sont universellement reconnus comme des emp\u00eachements au sens de l&#8217;article 79(1) de la CVIM. La doctrine internationale la plus autoris\u00e9e ( Schwenzer , Atamer , Huber) qualifie ces mesures d&#8217;\u00e9v\u00e9nements ind\u00e9pendants de la volont\u00e9 du vendeur. Cette position est \u00e9galement confirm\u00e9e par la jurisprudence arbitrale\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/international-contracts-and-coronavirus-from-an-italian-perspective\">dans la sentence CIETAC relative \u00e0 l&#8217; affaire <\/a><a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/international-contracts-and-coronavirus-from-an-italian-perspective\"><em>L- <\/em><\/a><a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/international-contracts-and-coronavirus-from-an-italian-perspective\"><em>Lysine <\/em><\/a><a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/international-contracts-and-coronavirus-from-an-italian-perspective\">(2005) <\/a>, le tribunal arbitral a pris en compte la dimension temporelle dans l&#8217;analyse de la pr\u00e9visibilit\u00e9, excluant l&#8217;exon\u00e9ration de responsabilit\u00e9 au motif que l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie de SRAS avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9but\u00e9 deux mois avant la conclusion du contrat. Le principe est donc clair\u00a0: <strong><u>l&#8217;emp\u00eachement doit \u00eatre survenu apr\u00e8s la date de conclusion du contrat.<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, en cas de force majeure av\u00e9r\u00e9e, la partie l\u00e9s\u00e9e est exon\u00e9r\u00e9e de toute responsabilit\u00e9, <u>le contrat peut \u00eatre r\u00e9sili\u00e9 et les parties doivent proc\u00e9der au retour des marchandises. <\/u>Si celles-ci n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 livr\u00e9es ou n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 l&#8217;autre partie, le vendeur peut les r\u00e9cup\u00e9rer et, si possible, les proposer \u00e0 la vente.<\/p>\n<p>Il convient toutefois de souligner que la charge de la preuve incombe \u00e0 la partie qui invoque l&#8217;exemption. L&#8217;exigence d&#8217;impr\u00e9visibilit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme particuli\u00e8rement difficile \u00e0 d\u00e9montrer. La partie d\u00e9faillante doit \u00e9galement notifier sans d\u00e9lai \u00e0 l&#8217;autre partie l&#8217;emp\u00eachement, conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;article 79(4) de la CVIM\u00a0: une notification tardive peut engager sa responsabilit\u00e9 pour les dommages caus\u00e9s par le retard dans la communication de l&#8217;information.<\/p>\n<h2>B) Difficult\u00e9s de paiement : force majeure et impossibilit\u00e9<\/h2>\n<p>D&#8217;autres situations peuvent survenir o\u00f9 l&#8217;acheteur se trouve dans l&#8217;incapacit\u00e9 de payer, ou en grande difficult\u00e9. Prenons l&#8217;exemple d&#8217;une livraison d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9e pour laquelle les parties ont convenu d&#8217;un paiement diff\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, et conform\u00e9ment \u00e0 la pratique internationale \u00e9tablie, l&#8217;illiquidit\u00e9 ou les difficult\u00e9s de paiement ne constituent pas, en principe, un emp\u00eachement au sens de l&#8217;article 79 de la CVIM. Les seules exceptions concernent les cas extr\u00eames o\u00f9 la perte de capacit\u00e9 financi\u00e8re est caus\u00e9e directement et exclusivement par un cas de force majeure, et o\u00f9 la preuve du lien de causalit\u00e9 est rigoureuse. Or, en pratique, une telle preuve est extr\u00eamement difficile \u00e0 apporter.<\/p>\n<h1>C) La charge excessive qui en r\u00e9sulte ( impr\u00e9vision )<\/h1>\n<p>Au-del\u00e0 de la force majeure au sens strict, les crises mondiales soul\u00e8vent de mani\u00e8re urgente la question de l\u2019impr\u00e9vision , c&#8217;est-\u00e0-dire la situation dans laquelle l&#8217;\u00e9quilibre contractuel initial est boulevers\u00e9 par un changement extraordinaire des circonstances \u00e9conomiques, qui rend l&#8217;ex\u00e9cution de l&#8217;une des parties excessivement on\u00e9reuse sans pour autant la rendre objectivement impossible.<\/p>\n<p>La Convention de Vienne ne r\u00e9glemente pas explicitement la notion de difficult\u00e9 , et la question de savoir si elle rel\u00e8ve du champ d&#8217;application de la CVIM fait l&#8217;objet de d\u00e9bats depuis longtemps. Aujourd&#8217;hui, toutefois, la doctrine majoritaire et la jurisprudence la plus r\u00e9cente privil\u00e9gient l&#8217;inclusion de la difficult\u00e9 dans le champ d&#8217;application de l&#8217;article 79 de la CVIM, en raison de l&#8217;objectif d&#8217;uniformit\u00e9 du droit commercial international poursuivi par la Convention (CISG Advisory, Avis du Conseil n\u00b0 7 et n\u00b0 20). Le fait de renvoyer les parties au droit national en cas de difficult\u00e9s exceptionnelles compromettrait l&#8217;uniformit\u00e9 du droit international de la vente que la CVIM vise \u00e0 garantir. Toutefois, en pratique, l&#8217;article 79 de la CVIM s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un instrument impr\u00e9cis et insatisfaisant, car les juges ne l&#8217;ont appliqu\u00e9 que dans des cas v\u00e9ritablement extr\u00eames.<\/p>\n<h2>Jurisprudence sur l&#8217; \u00e9preuve de l\u2019impr\u00e9vision<\/h2>\n<p>La jurisprudence internationale montre qu&#8217;un seuil \u00e9lev\u00e9 est requis pour exon\u00e9rer une partie de sa responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re de dommages.<\/p>\n<p><strong>Scafom International contre Lorraine <\/strong>Dans l&#8217;affaire <strong>Tubes (Cour de cassation belge, 2009), relative \u00e0 la vente de tubes d&#8217;acier, la Cour de cassation belge a jug\u00e9 qu&#8217;une augmentation de prix de 70 % pouvait constituer un cas d\u2019impr\u00e9vision<\/strong> et justifier une exon\u00e9ration de responsabilit\u00e9, ouvrant ainsi la voie \u00e0 une ren\u00e9gociation du contrat. Cette d\u00e9cision a suscit\u00e9 un vif d\u00e9bat dans la doctrine juridique, tant en raison de la confirmation de l&#8217;applicabilit\u00e9 de la notion de l\u2019impr\u00e9vision \u00e0 la CVIM que du seuil retenu par la Cour, jug\u00e9 par certains trop bas.<\/p>\n<p><strong>Affaire D2I c. Gabo (Cour de cassation, 2015), <\/strong>la Cour de cassation a jug\u00e9 qu\u2019il n\u2019existait pas de pr\u00e9judice dans une affaire relative \u00e0 la vente de syst\u00e8mes de chauffage dont le prix avait augment\u00e9 de plus de 115 %. La Cour a ainsi estim\u00e9 qu\u2019un seuil plus \u00e9lev\u00e9 \u00e9tait n\u00e9cessaire, en soulignant la nature des biens et la pr\u00e9visibilit\u00e9 des fluctuations du march\u00e9 dans ce secteur.<\/p>\n<p><strong>Bo\u00eetier en fer Molybd\u00e8ne ( Cour d&#8217;appel de Hambourg, 1997). <\/strong>Dans le cas des m\u00e9taux \u00e0 forte composante sp\u00e9culative, la Cour d&#8217;appel de Hambourg a refus\u00e9 d&#8217;accorder une indemnisation pour impr\u00e9vision, malgr\u00e9 le triplement du prix du march\u00e9, soulignant que \u00ab <em>pour les acteurs d&#8217;un secteur \u00e0 forte composante sp\u00e9culative, les limites de la raisonnabilit\u00e9 sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es \u00bb. <\/em>Cette affaire d\u00e9montre que la nature du bien et les caract\u00e9ristiques du march\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence sont d\u00e9terminantes pour \u00e9valuer le seuil de l\u2019impr\u00e9vision.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la jurisprudence montre qu\u2019il n\u2019existe pas de seuil uniforme et universellement applicable \u00e0 l\u2019impr\u00e9vision (ou hardship): <a href=\"https:\/\/cisg-online.org\/files\/commentFiles\/Janssen_Wahnschaffe_UnifLRev_2021_1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l\u2019\u00e9valuation d\u00e9pend de la nature de l\u2019actif, de la volatilit\u00e9 du march\u00e9, de la r\u00e9partition contractuelle des risques et du comportement des parties <\/a>.<\/p>\n<h2>Les cons\u00e9quences juridiques des difficult\u00e9s : ren\u00e9gociation et adaptation<\/h2>\n<p>La principale question non r\u00e9solue relative aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es au regard de la CVIM concerne les recours. L&#8217;article 79(5) de la CVIM pr\u00e9voit uniquement une exon\u00e9ration de responsabilit\u00e9 pour les dommages, sans pr\u00e9ciser les cons\u00e9quences pour les parties. Cette disposition n&#8217;impose m\u00eame pas aux parties l&#8217;obligation de ren\u00e9gocier le contrat ou d&#8217;en adapter le contenu \u00e0 la lumi\u00e8re de nouvelles circonstances. De plus, les parties seraient libres de recourir \u00e0 d&#8217;autres recours pr\u00e9vus par la CVIM, m\u00eame si, <a href=\"https:\/\/cisgac.com\/opinions\/cisgac-opinion-no-20\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">selon l&#8217; <\/a><a href=\"https:\/\/cisgac.com\/opinions\/cisgac-opinion-no-20\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Avis consultatif sur la CVIM <\/a>, le juge ou l&#8217;arbitre ne peut pas d\u00e9clarer la r\u00e9siliation du contrat \u00e0 cause de l\u2019impr\u00e9vision.<\/p>\n<p>La solution privil\u00e9gi\u00e9e, \u00e9labor\u00e9e en interne par la CVIM sur la base de ses principes fondamentaux \u2013 bonne foi, coop\u00e9ration, <em>faveur du contrat <\/em>et caract\u00e8re raisonnable \u2013 consiste \u00e0 accorder \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e le droit de demander la ren\u00e9gociation du contrat. Le refus de ren\u00e9gocier pourrait constituer une rupture de contrat, entra\u00eenant l\u2019obligation de verser des dommages-int\u00e9r\u00eats. Certains estiment que la partie pourrait \u00eatre tenue d\u2019accepter une offre de ren\u00e9gociation en vertu de l\u2019obligation de minimiser le pr\u00e9judice pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 77 de la CVIM. Contrairement \u00e0 l\u2019article 6.2.3 des Principes d\u2019UNIDROIT, la CVIM n\u2019accorde toutefois aux juges ni aux arbitres aucun pouvoir d\u2019adaptation du contrat. Une telle comp\u00e9tence \u00ab\u00a0cr\u00e9ative\u00a0\u00bb des juges est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la tradition de common law et contrevient au caract\u00e8re international de la Convention.<\/p>\n<h1>Principes pratiques de gestion de la non-ex\u00e9cution des contrats<\/h1>\n<p>\u00c0 partir de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il est possible d&#8217;\u00e9noncer quelques <a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/international-contracts-and-coronavirus-from-an-italian-perspective\/\">r\u00e8gles de fonctionnement fondamentales<\/a>\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>La partie qui invoque un cas de force majeure ou de difficult\u00e9s exceptionnelles doit en apporter la preuve. La charge de la preuve lui incombe.<\/li>\n<li>Si d&#8217;autres modes de paiement existent, m\u00eame \u00e0 un co\u00fbt plus \u00e9lev\u00e9, mais non excessif, la partie concern\u00e9e est tenue de les utiliser. Le d\u00e9biteur doit d\u00e9ployer tous les efforts raisonnables pour pr\u00e9server sa capacit\u00e9 d&#8217;ex\u00e9cution, m\u00eame au prix de pertes financi\u00e8res importantes.<\/li>\n<li>Si la force majeure ou les difficult\u00e9s sont invoqu\u00e9es en l&#8217;absence de conditions l\u00e9gales, l&#8217;autre partie peut r\u00e9silier le contrat et demander une indemnisation pour les dommages subis.<\/li>\n<li>L\u2019emp\u00eachement a un effet d\u2019exon\u00e9ration limit\u00e9 dans le temps (art. 79(3) CVIM) : une fois que la cause de l\u2019emp\u00eachement a cess\u00e9, la partie est oblig\u00e9e d\u2019ex\u00e9cuter le contrat.<\/li>\n<\/ol>\n<h1>Clauses contractuelles relatives \u00e0 la force majeure et \u00e0 l\u2019impr\u00e9vision (Hardship)<\/h1>\n<p>En conclusion, comme nous l&#8217;avons vu, une fois qu&#8217;un accord commercial est conclu, il devient loi entre les parties et, au niveau international, il existe un manque d&#8217;outils efficaces pour le modifier ou l&#8217;adapter aux circonstances si les parties ne sont pas d\u2019accord.<\/p>\n<p><strong>Par cons\u00e9quent, l&#8217;outil fondamental pour g\u00e9rer l&#8217;incertitude est le contrat.<\/strong><\/p>\n<p>En p\u00e9riode d&#8217;instabilit\u00e9 comme la n\u00f4tre, des clauses contractuelles correctement r\u00e9dig\u00e9es relatives \u00e0 la force majeure et \u00e0 l\u2019impr\u00e9vision (hardship) sont essentielles pour d\u00e9terminer et r\u00e9partir les risques d&#8217;approvisionnement et de cr\u00e9dit, am\u00e9liorant ainsi la gestion op\u00e9rationnelle de l&#8217;entreprise et r\u00e9duisant consid\u00e9rablement le risque de d\u00e9faut de paiement et de litige.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e8gle fondamentale souvent ignor\u00e9e par les entreprises\u00a0: <\/strong><em>la capacit\u00e9 de l\u2019entrepreneur \u00e0 prot\u00e9ger son cr\u00e9dit et la transaction commerciale est maximale avant la conclusion du contrat et diminue progressivement avec le temps et la dur\u00e9e du processus d\u2019approvisionnement international.<\/em><\/p>\n<p><strong>Mais, concr\u00e8tement, comment ces clauses devraient-elles \u00eatre structur\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>Les clauses types de la Chambre de commerce internationale (CCI) constituent une r\u00e9f\u00e9rence importante.<\/p>\n<p><em>Clause de force majeure de <\/em>la <em>CCI 2020 <\/em>pr\u00e9voit un m\u00e9canisme en trois \u00e9tapes (emp\u00eachement incontr\u00f4lable, impr\u00e9visible et in\u00e9vitable) sensiblement similaire \u00e0 celui de l&#8217;article 79 de la CVIM, pr\u00e9cisant toutefois que pour certains emp\u00eachements typiques \u2013 notamment les \u00e9pid\u00e9mies et les actes des autorit\u00e9s \u2013 une pr\u00e9somption simple de l&#8217;existence des conditions requises s&#8217;applique. La partie qui invoque cette clause doit se limiter \u00e0 prouver l&#8217;impossibilit\u00e9 d&#8217;\u00e9viter ou de surmonter l&#8217;emp\u00eachement.<\/p>\n<p>Clause d\u2019hardship<em> de la CCI 2020 <\/em>offre un cadre plus d\u00e9taill\u00e9 que la version de 2003\u00a0: en cas de survenance d\u2019\u00e9v\u00e9nements que les parties doivent contractuellement qualifier de \u00ab\u00a0hardship\u00a0\u00bb, elles s\u2019engagent \u00e0 ren\u00e9gocier le contrat. Si la ren\u00e9gociation \u00e9choue, elles peuvent choisir entre trois cons\u00e9quences\u00a0: la r\u00e9siliation du contrat par l\u2019une des parties, la r\u00e9siliation par un juge ou un arbitre, ou l\u2019adaptation\/r\u00e9siliation judiciaire. Cette clause assure ainsi une plus grande flexibilit\u00e9 dans la gestion des impr\u00e9vus.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, il est important de rappeler qu&#8217;une clause de force majeure ou d&#8217;impr\u00e9vision n&#8217;apporte d&#8217;avantages concrets que si elle est r\u00e9dig\u00e9e avec le soin, l&#8217;expertise et la pr\u00e9voyance n\u00e9cessaires, et surtout, si elle est adapt\u00e9e \u00e0 la situation ou aux activit\u00e9s de chaque entreprise. Les clauses g\u00e9n\u00e9riques ou copi\u00e9es de formulaires standard risquent d&#8217;alimenter les litiges plut\u00f4t que de les r\u00e9soudre.<\/p>\n<h1>Conclusions : mieux vaut pr\u00e9venir que gu\u00e9rir<\/h1>\n<p>Les crises mondiales de ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 sanitaires, g\u00e9opolitiques et logistiques \u2013 ont fait de l&#8217;incertitude une constante dans le commerce international. Dans ce contexte, l&#8217;absence de protections contractuelles ad\u00e9quates, le choix inappropri\u00e9 des conditions de livraison, une confiance excessive dans la solvabilit\u00e9 de la contrepartie sans v\u00e9rification pr\u00e9alable et l\u2019absence d\u2019une assurance-cr\u00e9dit \u00e0 l&#8217;exportation sont autant d&#8217;erreurs qui aggravent les difficult\u00e9s d&#8217;op\u00e9rer sur des march\u00e9s instables.<\/p>\n<p>Les conseils juridiques sp\u00e9cialis\u00e9s lors des phases de n\u00e9gociation et de r\u00e9daction du contrat restent, aujourd&#8217;hui plus que jamais, un investissement et non une d\u00e9pense\u00a0: c&#8217;est \u00e0 ce stade que se d\u00e9termine l&#8217;efficacit\u00e9 de la protection du cr\u00e9dit et la mesure dans laquelle l&#8217;exposition au risque sera r\u00e9duite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/contacts\/\">CONTACTEZ- <\/a><a href=\"https:\/\/www.lexibc.com\/en\/contacts\/\">NOUS <\/a>POUR TOUTE INFORMATION OU ASSISTANCE.<\/p>\n<p>Lex IBC \u2013 2026, Reproduction r\u00e9serv\u00e9e. <em>Interdiction d&#8217;explorer les textes ou les donn\u00e9es. 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